Pris’en conte

« Pris’en conte », c’est une rencontre avec des détenus, un moment pour se raconter et inventer des histoires, des contes. Certains sont venus au début et sont partis sur une autre route, d’autres sont arrivés plus tard et ont pris le relais sur ce chemin où nous nous croisons. Un chemin où l’on se dit que tout le monde a bien une histoire à raconter ou un moment pour écouter. L’idée est de passer un bon moment, un mo­ment où l’on peut rêver à autre chose ensemble. Un moment pour réaliser que l’on est tou.te.s capables de raconter et d’imaginer des histoires, que l’on est tou.te.s capable d’être créateur.trices ! Créateur.trice.s d’histoires, de dessins, de sens… et pourquoi pas de sa propre vie ?

Ce projet, né d’une collaboration entre l’ARC et la FAMD, fut une découverte, celle d’une parole qui s’est peu à peu libérée pour, au final, se déployer au-delà de ce que nous pensions.

Il y a eu la création de contes par les détenus et les animatrices, ensuite le jeu que nous avons eu l’occasion de présenter, dans sa première version, lors des Journées Nationales des Prisons en 2018 et que nous présenterons dans sa version finalisée à la Maison du Livre, dans le cadre de l’événement « Les mots font le mur », le 15 février et le 17 mars 2020.

Le jeu Pris’en conte vise à sensibiliser à la condition des prisons, en plongeant les joueurs dans des narrations et des épreuves de manière à leur faire vivre une expérience sur les plans émotionnels intellectuels. Le jeu a été réalisé en collaboration avec les personnes internées à l’annexe psychiatrique de la prison de Saint-Gilles. Les cartes, directement inspirées par leurs paroles, témoignent de leur vécu, de leur parcours de vie, de leurs conditions d’incarcération et de leurs difficultés de réinsertion.

Ce jeu a par la suite été testé avec différentes associations œuvrant dans le secteur carcéral et le secteur du jeu.

Un groupe de travail a été formé avec le GENEPI Belgique en vue de le finaliser.

L’INCC Institut National de Criminalistique et de Criminologie a relu le vade-mecum associé aux règles du jeu, permettant aux futurs animateurs, animatrices du jeu, de reçevoir un paysage du fonctionnement du secteur carcéral.

 Si vous souhaitez plus d’informations et/ou emprunter le jeu pour y jouer avec des groupes que vous animez, n’hésitez pas ! Nous serons heureuses de vous répondre.

Contactez: 

agnes.delil@smbg-famd.be ou elisabeth.mertens@arc-culture.be

 Ci-dessous le carnet de présentation du projet, nos objectifs, ainsi qu’une analyse sur l’espace-temps en prison.

Bonne lecture !

Elisabeth pour l’ARC  et Agnès pour la FAMD

Carnet de présentation du projet

Objectifs du projet

L’animation Pris’en conte s’adresse aux prisonniers de l’aile psychiatrique de la prison de Saint-Gilles, en partenariat avec la FAMD. Il s’agit de faire avec eux un trajet de création de contes faisant le lien entre leurs origines et les rapports qu’ils entretiennent avec l’extérieur. Par extérieur, nous entendons famille, amis, mais aussi plus généralement leur vision du monde extérieur et de son fonctionnement. Il s’agit donc, d’une mise en perspective à la fois des enjeux de société au travers du regard des prisonniers et à la fois de leur environnement proche, la prison. Le trajet se termine sur une question ouverte, à savoir, comment les prisonniers se projettent-ils dans ce monde extérieur à leur sortie. Néanmoins notre objectif n’est pas de travailler à la réinsertion des prisonniers dans le futur mais bien de leur permettre de réaliser leurs droits culturels au présent, dans le milieu carcéral.

Le conte permet aux participants d’exprimer leur histoire tout en gardant l’anonymat. Aussi, le conte, de par sa dimension universelle, peut accueillir différentes réalités : les réalités individuelles peuvent s’y rencontrer et entrer dans un processus collectif.

Victimes d’instrumentalisation policière, pénitentiaire voire juridique, les détenus sont souvent dépossédés de leurs droits culturels. L’absence de possibilités d’expression et l’isolement social dans lequel ils se trouvent, affectent leur identité culturelle, leurs capacités d’autonomie, individuelles ou collectives, et leur sens critique. Afin de lutter contre cette atteinte identitaire, les activités « Pris’en conte » permettent aux participants de :

  • Réinvestir leur identité citoyenne en participant activement à un atelier au cours duquel chacun valorise ses droits culturel,
  • Sortir de l’isolement auquel ils sont habitués par la mise à disposition d’un espace de dialogue interculturel où chacun peut exprimer les réalités auxquelles il est confronté tout en respectant la parole de l’autre.
  • Prendre confiance en leurs capacités d’analyse et d’action en exprimant des revendications « contées » au sein d’un collectif, en justifiant les raisons de leur choix et en osant s’affirmer en tant que citoyens.
  • Prendre du recul quant aux conditions de vie en prison ainsi que sur les réalités sociétales extérieures à la prison. Cette distanciation est garantie par l’utilisation du conte dont le langage imagé assure cette distanciation.
  • Partager leur voix au-delà de la prison grâce à la production de contes lus hors les murs.
Les violences, les traitements dégradants, les suivis médicaux déficients, les risques sanitaires et les problèmes de trafic sont loin d’être sortis de prison. Ceci peut laisser penser que la question du quotidien carcéral et de ses effets sur les détenus n’est pas urgente. Or, ce quotidien rompt brutalement avec les besoins et caractéristiques fondamentaux de l’humain, notamment en ce qu’il empêche toute appropriation subjective de l’espace-temps. C’est pourquoi, dans cette analyse, nous proposons de mener une réflexion sur les conséquences de cette confiscation de l’espace-temps personnel, en nous basant sur les témoignages de travailleurs sociaux du milieu carcéral.

Extrait de l’Analyse: – PRISON ET CONFISCATION DE L’ESPACE-TEMPS PERSONNEL : LE DÉTENU, UN OBJET D’EMPRISE ? Par Anne-Sophie Romainville

 

 

    Copyright 2017 Ⓒ ARC Action et Recherche Culturelles - Tous droits réservés