Ligne éditoriale

Ligne éditoriale et diffusion

1. Spécificité d’un savoir propre à l’éducation permanente

L’ARC postule que la recherche en éducation permanente a une spécificité et qu’elle gagne à se distinguer des autres types de discours produits dans la sphère publique, scientifique et médiatique.

Cette distinction repose sur deux éléments : d’abord, sa production de savoir s’inscrit dans une pratique « de terrain » (axe 1) et en éclaire les logiques, ensuite, elle produit non pas des savoirs scientifiques (qui seraient donc construits sur les mêmes exigences) mais des « savoirs stratégiques » utiles aux missions fondamentales de l’éducation permanente : conscientiser (contribuer au développement des lectures critiques du social), intégrer les classes populaires et ses enjeux dans le travail de l’imaginaire social (contribuer à la représentation des classes populaires dans le procès d’institution sociétal), émanciper (contribuer à la construction d’outils et démarches utiles à l’augmentation des puissances d’agir et de transformation sociale), augmenter la réflexivité des acteurs (contribuer à l’exigence d’autocritique des acteurs sectoriels).

Ces savoirs stratégiques sont fondamentalement critiques, non pas au sens formel du terme (résolution des conflits formels inhérents à un problème logique) ni au sens d’une critique de contenu (opposition d’une solution à une autre sans présentation du chemin qui permet la critique), mais au sens où ils dévoilent leur raisonnement afin que le lecteur puisse faire une lecture critique du phénomène décrit. Cette méthode d’écriture tente de montrer les étapes d’un raisonnement pour que le bénéficiaire, quel qu’il soit et quel que soit le niveau de complexité du texte, puisse reparcourir le chemin argumentatif.

Assumant pleinement le caractère spécifique de ce type de savoir, nous en proposons ici les traits distinctifs, eu égard aux normes qui régissent les autres types de discours et de savoirs :

  1. À l’immédiateté de la presse ou de la télévision qui conduit le plus souvent à proposer en des termes bruts ou cryptés, de façon souvent simplifiée et à « chaud », des informations, nous désirons opposer une démarche réflexive et collective qui permet de saisir toutes les significations présentes dans les événements et les phénomènes sociaux.
  2. De la technicité et de l’expertise de la recherche scientifique se distingue l’ancrage de notre démarche dans une appréhension holistique, interdisciplinaire, souple et itérative de phénomènes sociaux. Notre but n’est pas de produire le plus d’informations possibles sur des sujets bien spécifiques dont nous serions experts ; il n’est pas donc en tant que tel de transmettre un savoir savant, mais de permettre dans le temps d’une réflexion argumentée, prendre distance vis-à-vis de phénomènes sociétaux.
  3. Aux impératifs d’objectivité et de neutralité axiologique scientifiques, nous assumons d’opposer les normes d’un savoir stratégique. Celui-ci étant issu d’un processus collectif d’élaboration, de production et de mobilisation qui doit aboutir à contribuer à la transformation individuelle et sociale, il assume sa subjectivité, son ancrage dans une praxis.
  4. Au contraire des ouvrages de vulgarisation, la nature même du savoir en éducation permanente n’est pas de partir de savoirs scientifiques et de les rendre plus accessibles, mais bien d’en produire un qui a sa propre nature en ce qu’il résulte d’un processus de recherche collectif, itératif et critique émergeant dans la praxis. Il trouve d’ailleurs sa légitimité dans sa forme même, qui est la trace de ce processus de recherche, et qui est écrit de façon à permettre à son lecteur de bénéficier d’une expérience critique, en suivant un raisonnement logique et un cheminement critique particulier mais explicité. En ce sens, nos publications sont toutes rédigées à partir de la praxis en Axe 1 et des nœuds problématiques qui ne peuvent être résolus sans médiation dans la pratique. Nous revendiquons cette origine de toutes nos productions comme ancrées dans une action et non périphériques ou purement abstraites.

2. Public visé

Nous prenons le parti de ne pas définir le type de public (son statut, ses « compétences » supposées) à qui l’on s’adresse (estimant qu’il s’agit nécessairement de représentations fantasmées), mais plutôt de partir du type de besoin qui peut être exprimé et appeler une réponse. En fonction du type de besoin auquel nous désirons répondre, le vocabulaire et l’arrière-plan théorique sont adaptés, ainsi qu’une méthode de diffusion et de rédaction. Cette distinction justifie aussi quels sont les auteurs des analyses.

  1. La première catégorie d’analyse s’adresse aux bénéficiaires de nos activités en axe 1. Ces analyses tentent de répondre de manière pragmatique à un problème rencontré par les publics dans les animations et séances d’éducation informelles. La méthodologie est alors problem oriented: il s’agit de proposer une grille d’analyse, un schéma ou des ressources pour solutionner le problème rencontré (critique des sources, etc.).

Cette catégorie est diffusée dans les ateliers et est largement diffusée sur un support papier afin que les participants puissent emporter nos analyses lors de nos différents ateliers.

Les intervenants de cette catégorie sont soit nos animateurs, soit nos chargés de recherches. Dans le cas d’une rédaction par les chargés de recherche, elle se fait en étroite liaison avec les ateliers dans une pratique de type « recherche action ».

  1. La seconde catégorie d’analyses s’adresse aux acteurs associatifs, en ce compris nos permanents. Elle vise à outiller le secteur de réflexion sur nos pratiques en éducation permanente ainsi que d’analyser certains champs d’action de notre association. La méthodologie est inductive dans ces analyses. Elle part de nos animations mais propose un éclairage analytique sur un de ses aspects.

Dans cette catégorie, nous diffusons nos analyses auprès des autres acteurs du secteur via un mailing (une Newsletter régulière), par la possibilité de souscription à un abonnement à nos publications (permettant aux associations qui le souhaitent de recevoir les analyses par voie postale) ainsi que par des envois ponctuels en fonction des thèmes.

Cette catégorie est celle pour laquelle interviennent le plus de collaborateurs extérieurs (des membres de l’association et des collaborateurs de recherches experts dans les thèmes abordés) car il s’agit pour nous de porter plus loin une réflexion sur une pratique que nous avons en interne et de bénéficier  d’autres points de vue. Cette collaboration est toujours pensée comme un partenariat entre les chercheurs de l’ARC et les contributeurs externes. Cette catégorie d’analyses est toutefois également régulièrement rédigée par nos chargés de recherches.

  1. La troisième catégorie d’analyses et d’études s’adresse à un public plus large que le secteur et le public bénéficiaire en axe 1. Cette catégorie vise à produire un savoir propre à l’éducation permanente en résonnance à son expertise spécifique. La méthodologie est analytique et critique. Il s’agit d’interpeller les pouvoirs subsidiants sur une réalité révélée par la pratique du secteur, de soulever une aporie dans un dispositif existant ou de proposer un cadre d’interprétation pour de nos thématiques d’action.

Ces analyses et études sont diffusées à un public le plus large possible. Elles sont en général relayées sur les réseaux sociaux et, pour les études, font l’objet d’une conférence dédiée pour être présentées et discutées collectivement.

Ces productions sont issues des membres de l’ARC. Il s’agit des productions les plus militantes de l’association car elles la positionnent sur les enjeux de société qu’elle entend traiter.

Ces distinctions sont dès 2018 spécifiées par un indicateur sur la couverture du texte qui spécifie sa portée : « outils stratégiques », « problème critique », « culture associative ».

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